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27 Novembre 2021

:: Nos éditos ::

Laïcité et combat syndical (09/05/2011)

Est-ce que la laïcité fait partie du combat syndical ?

Voilà une question qui me semble rarement posée. Et pourtant.
Au fait, c’est quoi La Laïcité ? Pour faire bref, c’est cette idée que les croyances religieuses de tout un chacun n’ont pas leur place dans la manière dont les hommes décident d’organiser la vie de leur cité. En clair, la religion n’a pas à s’immiscer dans la politique. Je sais : c’est un résumé rapide (trop ?) qui demanderait bien d’autres développements philosophiques, mais tenons-nous en là pour le moment.
Est-ce donc aussi un combat syndical ?
Selon la Déclaration de Principe de la FGTB, le combat syndical vise à l’émancipation de la classe des travailleurs et à la mise en place d’une société solidaire par la révolution constructive. De nouveau, je résume.
La question est, peut-on mener à bien ce combat en faisant l’économie du combat pour la laïcité ?
Pour répondre, je reprendrais l’un des propos du philosophe français Michel Onfray qui dit, en substance, dans le premier chapitre de son « Traité d’Athéologie » : je ne condamne pas celui qui choisit de vivre à genoux, mais je condamnerai et combattrai toujours ceux qui ont amené cette personne à vivre dans cet état !
Selon la Déclaration des droits de l’Homme, la liberté de conscience implique la liberté religieuse. Fort bien. Cependant, toute religion (système de croyances et de pratiques propre à un groupe social) implique de facto l’existence d’une organisation, d’une église, à défaut d’un terme plus universel.
Chaque religion a sa propre église, sa propre hiérarchie. Pape, Cardinaux, Évêques, Imam, Mollah, Pasteurs, Prédicateurs, Rabbins, Dalaï-Lama, Tashi, Hituktus, combien ne sont-ils pas à revendiquer une part d’autorité sur les « âmes » qui décident de s’en remettre à eux ?
Car, et dans tous les cas, il s’agit bien d’autorité, et donc de pouvoir !
Il me faudrait bien plus de place que ce petit édito pour rappeler les exemples de l’Histoire montrant combien toutes les religions se sont toujours immiscées dans la politique des Hommes. Quelques faits édifiants et bien belges : l’appel du cardinal Van Roey le 22 décembre 1960 prenant position contre la Grève de ’60, la signature de la Loi sur l’IVG au printemps 1990 et la pantalonnade d’un Roi catholique sous l’emprise du Vatican et de l’Archevêché de Malines-Bruxelles, et que dire de la stratégie actuelle de l’Archevêque Léonard visant à soustraire son organisation et ses hauts responsables à la justice civile et pénale dans les affaires de pédophilie touchant son clergé ?
Il s’agit bien de pouvoir, et toujours les églises se rangent du côté de l’autorité, du conservatisme, toujours elles s’érigent en rempart face aux forces progressistes et d’émancipation. Bien sûr, on m’objectera l’exemple de tel évêque ou de tel curé qui fut du côté des opprimés : l’histoire de Hélder Pessoa Camara, archevêque de Recife, est tellement usée que ceux qui la servent régulièrement oublient qu’il fut finalement écrasé par sa propre hiérarchie !
Cependant, certains me disent aujourd’hui que l’Eglise catholique n’aurait plus le même poids qu’auparavant, tout au moins en Belgique. Certes ! Mais en Pologne ? Mais en Espagne ? Mais en Europe ? La Pologne avait une législation progressiste en matière d’avortement. Elle datait de l’ère communiste. L’Eglise catholique polonaise est parvenue à la faire abroger. En Espagne, lors des dernières élections législatives, l’Eglise catholique est parvenue à mobiliser deux millions de manifestants pour tenter de faire battre le PSOE par le Parti Populaire. Et rappelez-vous le débat sur la Constitution européenne et l’offensive développée par le Vatican pour voir faire inscrire la seule référence aux valeurs chrétiennes dans le préambule de ce texte !
Mais, que l’on me comprenne bien : le seul catholicisme n’est pas seulement en cause !
Car l’émancipation des travailleurs passe aussi, voire d’abord, par l’émancipation des travailleuses. Le progrès de l’Humanité, c’est encore aujourd’hui la liberté des femmes, liberté qui reste encore à conquérir !
Doit-on accepter, sous prétexte d’hétéro-culturalité, que des femmes se voient imposer le port du voile, que des jeunes filles se voient interdire par leur père l’accès aux piscines, car piscines mixtes, que ces mêmes jeunes filles se voient obligées par leurs familles d’ épouser celui que l’on a choisi pour elles, et j’en passe…
Ainsi, s’il est vrai qu’en Belgique, le combat mené depuis plus deux cents ans a finalement permis de faire reculer l’autoritarisme catholique, à faire triompher(en partie) les valeurs laïques (lois sur le divorce, sur l’I.V.G., sur l’euthanasie, sur l’union des homosexuels…), il n’en reste pas moins que ces mêmes valeurs risquent maintenant d’être mises en péril, et de nouveau par la religion !
Ce qui me semble dramatique dans ce contexte est triple.
Premièrement, le débat sur la laïcité semble avoir été totalement accaparé par une droite dont le seul objectif est de stigmatiser une communauté contre les autres. Son but n’est pas de défendre les valeurs de la laïcité, mais bien d’aller à la pêche aux voix d’extrême droite !
Deuxièmement, si j’entends bien le salmigondis de certains, parce que nous défendons des valeurs laïques, nous devrions accepter que celles-ci soient foulées aux pieds sous prétexte de tolérance. Dans ce cas, ce qu’ils nomment tolérance s’appelle compromission.
Troisièmement, il me semble que l’on oublie un peu vite que la transformation de la société est un tout, que cette transformation ne concerne pas seulement les problèmes économiques et sociaux, mais concerne également l’ensemble des autres aspects. C’est parce que nos prédécesseurs avaient d’abord conquis le vote universel, l’enseignement obligatoire, la liberté d’association, l’accès pour tous à la culture que les avancées sociales ont ensuite été possibles.
Accepter que l’on recule sur la laïcité de l’Etat, c’est prendre un grand risque de voir les forces obscurantistes intervenir dans nos propres vies et nous enlever cette liberté que nos pères nous avaient léguée.
Et cela, il me semble, c’est bien aussi un combat syndical !
Bernard Bolly
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