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27 Novembre 2021

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"Fermé, pour cause d´immigration" (03/05/2011)

Est-ce la mort de l’espace Schengen et le retour des frontières intérieures? L’Italie et la France ne s’y prendraient sans doute pas autrement si elles le souhaitaient. Mais, en faisant reculer une « certaine » conception de l’Europe, c’est tout le projet de l’Union qu’on cherche à foutre à terre. En tant de crise, voire d’indigence, c’est le scénario classique : chacun chez soi et les immigrés seront bien gardés dehors.

Mais que s’est-il passé pour que la Commission européenne s’agite subitement et annonce même pour cette semaine une réforme (doux euphémisme) de certains points de l’accord signé en 1985 par cinq pays (Benelux, France, Allemagne) puis élargi aux Etats membres de l’Union en 1997 ? Un afflux d’immigrés, simplement. Des citoyens lambda qui fuient leurs pays dévastés par la guerre (Lybie, Tunisie, …) et qui espéraient une main tendue pour les sortir du bourbier. Elle ne viendra sans doute pas.
Schengen, c’est un formidable projet solidaire : abolir les frontières intraeuropéennes pour mieux contrôler les entrées et sorties de l’Union. En gros : tous les Etats se disent partie prenante de la gestion de l’immigration, pour que celle-ci se passe du mieux possible, et cela concerne donc aussi les Etats qui ne sont pas à proprement parler une « porte d’entrée » du Vieux continent. Cela revient à confirmer ce que l’Europe politique était à l’origine : une mise en commun de moyens, de compétences, de richesses, pour une élévation du niveau de vie et du cadre de vie de tous. Et le respect du Traité fondateur de 1957 qui entérine comme droit immuable la libre circulation des personnes. Vœux pieux, assurément. Comme le stigmatise un journaliste de L’Express : « On voulait des barbelés à l'extérieur et la passoire à l'intérieur ; on obtient la passoire à l'extérieur et les barbelés à l'intérieur. Or les barbelés sont comme les ronces, qui ne poussent que par la négligence des jardiniers ».
Lorsque l’Italie a vu débarquer fin février des milliers de demandeurs d’asile, elle a pris peur. Mais l’Europe n’a pas bougé. Enfin, ceux qui la font. Comme la France. Mais lorsque l’Italie a accordé des visas temporaires à quelque 22.000 Tunisiens, leur permettant dès lors de circuler librement et, de facto, de passer en France, là, Nicolas Sarkozy s’est agité nerveusement. Après une crisette entre les deux pays, le consensus a pris le dessus pour le bien commun : il faut réformer la convention de Schengen !
C’est-à-dire ? Le rétablissement des frontières intérieures peut actuellement se faire dans deux cas précis : s’il y a un risque d’ordre public et si la sécurité nationale est mise en danger. Qui donc prendra la responsabilité de faire entrer le « problème » de l’immigration dans l’une de ces deux cases ? Personne. La Commission va donc proposer deux nouvelles exceptions : si une frontière extérieure fait défaillance (comme la Grèce et l’afflux de Turcs il y a quelques mois), et si un pays en charge d’une frontière admet lui-même ne pas pouvoir la gérer. L’affaire devrait être réglée d’ici à l’été.
Voilà bien un recul idéologique qui se fait sur du velours. L’Europe devrait réorienter des fonds vers ses frontières, esquisser un projet solidaire qui prenne en charge de manière durable l’immigration… parce que de tout temps, nous avons toujours eu besoin des immigrés. Mais non, plutôt que de prendre ses responsabilités, l’Union va cautionner le repli sur soi et, une fois encore, les grandes puissances que sont la France et l’Italie vont donner le tempo. On sait que Sarko pédale à toutes jambes pour ne pas – mais c’est sans doute déjà trop tard – se faire doubler sur l’extrême droite par Marine Le Pen. On sait la politique nationaliste pratiquée depuis des années par Berlusconi. Il n’y a donc aucune surprise à les voir aujourd’hui aux commandes pour tuer Schengen et l’ouverture aux autres. L’omniprésident français l’a dit à maintes reprises : l’intégration, c’est un cuisant échec.
Et ce n’est pas non plus un hasard si, aujourd’hui, pas moins de huit pays de l’Union abritent un parti populiste soutenu par au moins 15% de la population. Clichés, stéréotypes, peurs, … les arguments fallacieux des extrémistes sont connus ; plus grave, ils sont aujourd’hui repris par des partis dits démocratiques.
En son temps, Michel Rocard avait déclaré : « On ne peut pas accueillir toute la misère du monde »… une maxime restée célèbre, bien plus que la conclusion qu’on a tendance à gommer : «…mais nous devons en prendre notre part ». Quelle Europe veut aujourd’hui donner corps à la véritable politique d’immigration solidaire dont elle avait elle-même rêvé ?
On n’avait pu que sourire en suivant les élucubrations de ce douanier nationaliste incarné par Benoît Poelvoorde dans « Rien à déclarer ». Et soudainement, on frémit à l’idée qu’une fois encore, la réalité pourrait rattraper la fiction.
Antoine Gruselin
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