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27 Novembre 2021

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Moi, je (et inversement) (14/02/2011)

Didier Reynders (MR) a donc été désigné informateur par le Roi le 3 février dernier. Une mission, mais de taille: restaurer une certaine confiance et, endéans les quinze jours, arriver à réconcilier un tantinet francophones et Flamands pour rouvrir les négociations.

Quinze jours: c'est peu. Mais l'homme n'en est pas à son match d'ouverture. On l'a peut-être oublié, mais en juin 2007, il avait déjà été nommé informateur par le Palais. Normal: côté francophone, il avait détrôné le PS, faisant des libéraux la première force politique au Sud du pays. Il ne s'en était alors pas caché: sa préférence allait à un gouvernement de centre-droit qui alignerait le MR, le CD&V, l'Open VLD et le CDH. Sa mission a duré 22 jours. Son rapport, remis le 3 juillet, contenait une précision de taille: le résultat des élections du 10 juin, histoire qu'à Laeken, on n'oublie pas que le chef francophone, c'était lui. On sait ce qu'il en advint: l'orange bleue finit par pourrir, et le PS fut rappelé dare-dare pour sauver les meubles.

Même informateur, même scénario, si ce n'est qu'aujourd'hui, ce sont les bleus qui font office de bouche-trou. "Il faut changer de méthode!", a crié sur tous les toits Didier Reynders depuis des mois. En gros: chaque communauté prend une feuille blanche, y écrit ce qu'elle veut bien encore partager avec l'autre, le professeur ramasse les feuilles et synthétise le plus petit dénominateur commun (s'il en existe). Donc: table rase du passé. Première erreur: Didier Reynders n'est pas "sauveur", il est juste "informateur"; les sept partis qui ont négocié avant lui n'entendent pas réduire à néant des milliers d'heures de négociations parce qu'il l'a décidé. Ils veulent bien des libéraux, mais quand même, il y a des limites à ne pas dépasser. D'autant que c'est quand même l'Open VLD qui a game-overé Leterme (au passage, le CD&V aurait tord de se presser aujourd'hui, il a un ministre en affaires courantes qui n'a jamais autant tenu dans la durée).

Si certains cultivent, avec délectation, l'adage "après moi le désert", Didier Reynders est plutôt adepte du "avant moi, il n'y avait rien". Il en est pour preuve cette petite phrase récoltée le 10 février aux portes du Parlement: "J'ai constaté qu'il y avait des divergences profondes entre les présidents des trois partis francophones que j'ai reçus jeudi matin et la note de Johan Vande Lanotte". Deuxième erreur: Reynders tacle à la Witzel l'ancien président du SP.a qui, de l'avis de tous, a abattu un travail titanesque durant 99 jours. Or, ladite note, cinq partis sur sept l'ont acceptée comme base des négociations. Les termes sont précis: ce n'est pas à prendre ou à laisser, c'est un document qui permette de se réunir à nouveau. L'informateur actuel donne donc le sentiment que les partis francophones n'y croyaient pas, et qu'ils attendaient le refus du CD&V pour ne pas sortir du bois avant. En visite devant les militants socialistes à Liège vendredi, Elio DI Rupo a parlé d'un communiqué "injurieux" qui ne reflétait en rien la réalité. Mais, fidèles aux consignes qu'ils se sont données au lendemain du 7 juin 2009, PS, CDH et Ecolo n'ont pas relevé officiellement le mensonge de Reynders.

Et voilà la troisième erreur de l'égocentrisme reyndersien: parler, tout le temps, pour exister. Ils voient les francophones seuls? Il djôse dans les couloirs du Parlement juste après. Il boucle son tour des consultations? "Je me donne 24h pour réfléchir", dit-il sur les marches de l'Hôtel des finances (heureusement qu'il le précise, on pensait pourtant qu'il allait annoncer dans la foulée la composition du nouveau gouvernement!). Les journalistes sont ravis: ils ne doivent plus courir après les négociateurs, chaque réunion est annoncée, localisée, thématisée.

Enfin, Didier Reynders n'entend pas rassembler (la gestion de son propre parti a démontré sa propre incapacité en la matière), mais diviser pour, sans doute, mieux régner. En lâchant samedi cette petite phrase, "si, à un moment donné, Elio Di Rupo veut assumer une mission de formation, il aura le soutien de tous les partis francophones", il reforme les blocs communautaires et cristallise les négociations autour d'hommes, et non plus de partis. Et quand La Libre annonce en fin de semaine le départ espéré des écologistes, on ne peut que penser à une basse vengeance de Reynders qui n'a pu imposer son idée de créer une majorité miroir au fédéral et dans les Régions. Incapable de bouter les Verts hors des entités fédérées (maillon faible de la majorité, PS et CDH n'y ont aucun intérêt), il cherche à les éjecter ipso facto des négociations.

Effectivement donc, la méthode a changé. La discrétion n'est plus de mise. Didier Reynders se cherche un après-14 février, ce jour où il n'est plus président du MR. Oui, la méthode a changé. Mais pas l'homme. Alain Delon n'aurait pas mieux dit.

Antoine Gruselin
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