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27 Novembre 2021

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La citoyenneté, une course de fond (24/01/2011)

Bien sûr, il y a la bouteille à moitié pleine. Qu’il y ait eu 30.000 personnes dans la rue à Bruxelles en ce très triste dimanche d’hiver est une bonne chose à prendre pour un régime démocratique. Les citoyens doivent s’exprimer et dans un pays où le désenchantement politique est une manie nationale, c’est le signe que la gestion du pays peut encore intéresser des gens. Il ne faut pas regarder de haut ceux qui ont battu le pavé de la capitale hier, au contraire.

Mais il y a aussi la bouteille à moitié vide. Lancée par des personnes proclamant elles-mêmes leur inexpérience et faisant même de celle-ci une sorte d’étendard, cette manifestation était un gigantesque fourre-tout de revendications dont objectivement on serait bien en peine de tirer un enseignement sérieux.
 
Il y a bien deux slogans qui ressortent : un, c’est honteux (qu’après tant de temps la classe politique n’ait pas été fichue de se mettre d’accord sur un gouvernement). Et deux, justement : donnez-nous ce gouvernement tant attendu.
 
Et quoi ? En quoi est-on un poil plus loin après avoir revendiqué cela ? S’il n’y pas de gouvernement, c’est tout simplement parce que les responsables politiques n’arrivent pas à le constituer. Et c’est donc, en fait, parce que le pays est bloqué. Et s’il est bloqué, c’est qu’il ne correspond plus aux besoins des gens qui y vivent. Cela n’a rien de honteux de le constater. Installer n’importe quel gouvernement, mais un gouvernement, ne ferait que reporter et amplifier encore les blocages. C’est, par exemple, l’idée dangereuse de ce gouvernement « technique » qui donnerait l’illusion que le pays est à nouveau gouverné, mais qui ne générerait vraisemblablement, aux prochaines élections, que de nouveaux blocages. Et qui, en attendant, aura pris des mesures sans doute fortes dont la population sera victime. Il n’y a jamais eu, dans les régimes démocratiques, de gouvernement de techniciens, ou de crise, ou d’urgence, qui ne choisisse des politiques de régression, parce que ce sont les plus faciles à définir.
 
Le blocage du pays vient justement du côté de ceux-là, qui, à Bruxelles, hier, demandaient la fin du blocage. A force de dire et d’écrire, comme le font par exemple les grands quotidiens francophones, que l’institutionnel est quelque chose qu’on doit écarter pour s’intéresser aux « vrais problèmes », on retarde d’autant plus les solutions. A force de décrire un monde politique qui serait déconnecté des réalités, on en fait en effet une classe politique qui n’ose plus prendre de responsabilités, le nez sur le guidon des sondages ou d’une forme de terrorisme intellectuelle qui privilégie la transparence plutôt que le débat. La démocratie, ce n’est pas tout mettre sur la place publique : c’est contrôler rigoureusement ce qui a été décidé par les Exécutifs.
 
Les mêmes qui désertent les structures représentatives, que ce soit les partis, les associations ou même, puisque nous sommes dans les colonnes de 6com, les syndicats, se retrouvent dans la rue pour protester et exiger « que ça cesse ». L’investissement politique et citoyen, c’est un travail et un devoir quotidien, et pas s’abonner, épisodiquement, à des réactions et des analyses erratiques qui doivent tenir en 150 caractères.
 
Le pays et ses composantes payent aujourd’hui, dans cette longue crise, les conséquences d’un abandon de fond, celui de l’intérêt pour la politique. On peut imaginer que ce désintérêt a aussi été organisé, mais ce n’est pas le propos ici. Le constat est là, et le retour en arrière, s’il est enclenché, sera de toutes façons l’affaire d’un sacré bout de temps.
 
Tout cela ne nous donnera pas de gouvernement, objecterez-vous. Incontestablement. Mais si ceux qui sont responsables dans le pays (partis, organisations sociales, milieux économiques ou culturels) continuent à vouloir tempérer, à poursuivre inlassablement dans une direction qui n’a rien donné jusqu’ici, celle de la recherche d’accords minimalistes, celle de la préservation des vaches sacrées, on n’en sortira pas en effet. Ils ne doivent pas, pas plus que les manifestants d’hier, continuer à crier au scandale sans rien faire d’autre que de rester au balcon en se disant que toute attitude forte pourrait leur coûter quelques plumes dans les sondages ou dans les médias.
 
Fabrice Jacquemart
 

 

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