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27 Novembre 2021

:: Nos éditos ::

La quadrature de Bart (11/10/2010)

Et finalement, de quoi se plaint-on ? Cette semaine, tout à fait normalement si on regarde la Constitution belge, le Parlement va rouvrir ses travaux. Et nous avons un gouvernement qui, tout de même, gouverne. Au point que son Premier ministre réussit l'exploit, après avoir touché le tréfonds des sondages, de redresser sa cote et même de gérer de manière satisfaisante, aux yeux de l'étranger, la présidence belge de l'Union européenne. Certains rêvent même que ledit Leterme reçoive un soutien parlementaire  extérieur lui permettant de régler quelques matières urgentes dépassant le cadre des « affaires courantes » et de se maintenir en piste suffisamment longtemps pour donner encore plus de temps à la formation d’un nouveau gouvernement sur des bases « clarifiées ». Après tout, l’équipe Leterme (socialistes, sociaux-chrétiens et libéraux) est moins éloignée de ce que souhaite la N-VA (socialistes, sociaux-chrétiens, libéraux et N-VA) que ce qu’Elio Di Rupo avait essayé d’assembler (socialistes, sociaux-chrétiens, N-VA et Ecolo)…

Bon, trêve d’ironie. Les experts de l’institutionnel belge, souvent très créatifs, n’en sont pas encore à inventer une démocratie d’un genre nouveau, où les élections ne seraient qu’une péripétie sans importance n’impliquant pas nécessairement le changement d’attelage gouvernemental.

Ce qui est vraiment nouveau, en revanche, c’est que jamais comme aujourd’hui le monde politique n’a autant donné l’impression de tourner en rond. Lors des précédentes longues crises politiques, il y avait des ruptures et des basculements qui changeaient la donne et faisaient finalement avancer le schmilblick vers le peu glorieux, mais efficace compromis à la belge, père de tous les apaisements. Et ce compromis, cette fois, on ne le voit pas se pointer, comme si le consensus était désormais mis hors-de-la-rue-de-la-Loi.

Il y a à cela une explication immédiate, strictement politicienne, à chercher du côté de la N-VA. Bart De Wever, le boss des nationalistes, a probablement, comme le veut son diplôme d’historien, longuement étudié le passé des crises politiques et l’histoire des yo-yo électoraux en Flandre. Premier élément : il sait que sa revendication fondamentale, le séparatisme, ne se réalisera pas tout de suite, ne serait-ce que parce qu’aucun parti susceptible d’entrer au gouvernement ne le souhaite. Il lui faudra attendre, mais en se maintenant en position de force. Deuxième élément : la N-VA n’est pas, en Flandre, le premier parti à être surgi du néant électoral. Mais assez logiquement, De Wever souhaite que sa formation soit la première à ne pas retomber à rien après avoir pété les flammes dans les isoloirs. Et pourquoi le Belang ou De Dedecker ont-ils commencé à se crasher ? Parce qu’ils sont restés systématiquement en dehors du champ d’action politique, cantonnés à une opposition stérile. Vu leur programme, c’était sans doute heureux, mais du strict point de vue électoral, c’était catastrophique : le Flamand qui souhaitait « que ça change » a fini par se dire que voter pour des partis laissés en permanence en dehors du jeu politique était le meilleur moyen que « rien ne change ». Donc, la N-VA doit participer au pouvoir.
 
Troisième élément : si l’affaiblissement des partis traditionnels (CD&V, Open VLD ou SP.a) a une kyrielle de causes, il y en a au moins une qui doit interpeller De Wever, la pratique du consensus et du compromis. Les partis en question, dans une stratégie classique de recherche de solutions, sont rentrés dans des gouvernements avec des programmes souvent fort éloignés des promesses initiales et donc, a priori, décevants pour l’électeur. Pis : ces programmes gouvernementaux ont souvent eu pour conséquence d’estomper les différences entres ces partis et donc de les rendre moins crédibles encore lorsqu’ils s’opposaient lors des campagnes électorales.
 
Résumons : De Wever doit, en quelque sorte, maintenir son parti dans une stratégie de… développement durable, en sachant qu’il n’aura pas tout ce qu’il veut, mais en étant obligé de participer à la gestion de la Cité… Le genre de truc qui, en géométrie, s’appelle la quadrature du cercle. Il ne semble pas non plus avoir la solution pour en sortir et, à défaut de solution, il prend ses précautions : forcer l’entrée des libéraux qui, avec les chrétiens déjà dans le navire, sont ses plus dangereux rivaux, le temps de consolider la N-VA lors de deux scrutins autrement plus importants pour des nationalistes flamands : les prochaines communales et les prochaines régionales.
 
Face à tout cela, qui a curieusement le même parfum que les complexes manœuvres du CVP de la grande époque, les soubresauts de la formation du gouvernement fédéral ne doivent pas peser bien lourd aux yeux de De Wever, d’autant que les sondages lui donnent raison. Après tout, le consensus à la belge ne fait-il pas partie du vieux brol dont la N-VA ne veut plus, elle qui prône une société sans contrat social ?
 
Fabrice Jacquemart

 

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