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27 Novembre 2021

:: Nos éditos ::

Les grandes oreilles (28/10/2013)

L’étonnement qui, ces dernières semaines, a frappé les responsables politiques d’Occident après les "révélations" sur le rôle de la NSA, c’est-à-dire l’Agence Nationale de Sécurité Américaine, est confondant. Ou cet étonnement rapidement devenu indignation est sincère, et les chefs d’Etat de ces grands pays que sont, par exemple, l’Allemagne ou le Brésil, sont d’extraordinaires naïfs (et, à ce niveau, c’est inquiétant…) ; ou tout cela est feint et n’est qu’une manière pour eux de tirer leur épingle du jeu (et ce serait profondément indicateur du peu de considération qu’ont les gouvernants pour leurs mandataires, c’est-à-dire nous ; dit plus clairement, les Merkel, Roussef et autres Hollande jugent qu’ils peuvent sans vergogne prendre leurs citoyens pour des cons).

Reprenons quelques éléments du dossier. Il ne faut pas chercher bien longtemps (il suffit, en fait, d’ouvrir Wikipedia) pour noter immédiatement que, depuis 1958, la NSA est chargée de la collecte des renseignements provenant de l’interception des communications. Intercepter, nous dit cette fois le Larousse, c’est « s’emparer de quelque chose qui était destiné à autrui ».

Et cette mission, la NSA la fait à grande échelle : il suffit de regarder, n’importe où sur le Net, à quoi ressemble le siège central de l’institution en question pour voir qu’on est assez loin du réduit dans une cave où quelques geeks bidouilleraient sur des claviers… Agence officielle, la NSA fait officiellement son métier : écouter ce qui ne lui est pas destiné. Et comme les outils et les volumes de communication ont explosé, la NSA a, tout logiquement, fait de plus en plus son métier et y a consacré de plus en plus de moyens, d’ailleurs alloués après débat et vote au sein d’une institution démocratique, le Congrès des Etats-Unis.

OK OK, me direz-vous, on se doutait bien que la NSA espionnait, mais les ennemis, quoi, pas les amis des USA… De nouveau, ce genre d’argument, dans la bouche des responsables politiques, équivaut à considérer les citoyens comme des idiots finis. Depuis la plus haute Antiquité, il y a des espions. Et depuis qu’il y a des espions, ceux-ci espionnent aussi les amis et les alliés. N’y a-t-il pas, aujourd’hui, plein de gens qui se précipitent dès qu’ils le peuvent sur le GSM de leur conjoint(e) ou de leur gosse pour y lire les messages ? Alors si cette pratique se développe déjà dans la quiétude des salons… En fait, cette affaire a un mérite : elle démontre, clairement, ce qui se pratique au quotidien dans les rouages des Etats, de tous les Etats. Elle met en lumière tout un monde dont il ne fallait pas être un grand spécialiste pour soupçonner qu’il existait. Les indices étaient multiples : rappelez-vous par exemple les discussions, lorsque Barack Obama était devenu président, sur l’interdiction que les services de sécurité américains lui faisaient d’utiliser désormais son Blackberry personnel, objet devenu trop… risqué. Plus fondamentalement, dans les médias, des dizaines de journalistes ou de spécialistes informatiques ont averti que tout cela était très possible. Et à ce niveau, ce qui est possible est certain.

Mais cette affaire démontre aussi à quel point les responsables politiques refusent d’aborder, en face, le fonctionnement des institutions qui sont les nôtres. Il est inutile de s’indigner faussement, ou de rêver que le monde, même entre alliés, pourrait fonctionner autrement. Il vaudrait mieux l’expliquer, ouvrir le débat et en profiter pour examiner ce que sont les alliances entre Etats et ce qu’elles impliquent, en bien ou en mal.

Et cette affaire démontre aussi à quel point les opinions publiques sont conditionnées. Les nouvelles technologies de l’information sont des outils fabuleux dont il serait ridicule de vouloir se priver. Mais voilà : cette merveille qu’est le GPS, si utile pour retrouver son hôtel dans une grande ville étrangère, est aussi un formidable moyen pour se faire suivre littéralement à la trace ; et le GSM est encore moins sûr que le vieux téléphone à fil. Le tout est d’y penser. Et d'admettre que ceux qui brandissent la menace d’une société du type de celle imaginée par George Orwell dans son roman 1984 se trompent. Orwell décrivait une société totalitaire qui rappelait à chaque instant à ses citoyens qu’ils étaient surveillés chaque seconde de leur vie ; nous vivons, nous, dans une société démocratique où l’on s’échine à nous expliquer que nous ne risquons rien en acceptant, sans les lire, les conditions d’utilisation de Facebook ou de Google +, ou même le simple contrat Proximus…

Le "scandale" NSA serait utile s’il nous apprenait, gouvernants ou gouvernés, à vivre et à gérer les contradictions du progrès, en toute connaissance de cause. Il serait utile s’il débouchait sur une vraie pédagogie de la démocratie.

Allez. Là, c’est moi qui deviens naïf. Comme Mme Merkel…

Fabrice Jacquemart

 

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