/TR>
Ecrivez-nous Accueil Indice Imprimer S'abonner A propos de nous... Nos autres sites www.6com.be Plan du site
Inscrivez-vous
L'actualité Edito; Vie syndicale 6cofiches Dossiers Liens

Bienvenue sur 6com.be
27 Novembre 2021

:: Nos éditos ::

La démocratie au coin du tournant (01/10/2012)

C'est dans quinze jours, et personne ne semble s'en soucier, sauf, on l'espère du moins, les candidats... Dans deux semaines donc, l'électeur aura renouvelé l'ensemble des conseils communaux dans ce qui reste, en tous cas sur le papier, un superbe exercice démocratique. De ma mémoire, c'est-à-dire celle d'un ex-journaliste qui en a déjà vu quelques-unes, jamais une campagne n'a semblé aussi insipide. Bien sûr, il y a quelques enjeux, dont celui d'Anvers est le plus connu. Le néo-maigre De Wever va-t-il ratatiner le méritant Janssens ? On verra. Si De Wever devient mayeur, je vous parie qu'on parlera de séisme politique, en oubliant que voici deux ans, le même De Wever, certes plus enveloppé, était prié, par bien des commentateurs politiques, de prendre ses responsabilités de vainqueur des élections fédérales et d'accepter le poste de Premier ministre. S'il rate son coup, on parlera aussi de séisme, de coup d'arrêt, ce qui serait tout aussi forcer le trait. Les journalistes n'aiment rien tant que les séismes et donc créer eux-mêmes leur propre échelle de Richter. Il y a d'autres combats, sans doute. Quelques beaux duels, à Schaerbeek (Onkelinx/Durant/Clerfayt, d'accord c'est un duel à trois mais on ne dira pas que c'est Pagnol), à Courtrai (De Clercq/Van Quickenborne), à Amay (Javaux/Collignon) et sans doute dans d'autres endroits discrets de la Belgique paisible. Mais comment oublier que personne ne croit que Demeyer va perdre à Liège, ou que Magnette ne sera pas le prochain bourgmestre carolo? Mais globalement... Certes, des élections communales ont rarement eu des conséquences à d'autres niveaux de pouvoir, ne serait-ce que parce que l'électeur sait en général très bien pourquoi il vote. Mais ce désintérêt est curieux et même inquiétant. Il est d'ailleurs très vraisemblable que, si on en est là en 2012, ce n'est pas ponctuel mais bien une solution de continuité. 2012 plus indifférent que 2006, mais moins que 2018... Or, le pouvoir communal est important. Les partis politiques le savent bien, qui surveillent de très près la campagne et ses résultats. Le scrutin n'a, on l'a dit, jamais de conséquences directes sur les autres niveaux de pouvoir, mais il assied les partis dans leur représentativité. Si, par exemple, le PS des années nonante a survécu à un nombre invraisemblable de calamités, c'est largement grâce à son socle local et à sa manière, parfois contestable mais toujours efficace, de d'apparaître comme "le" parti de la proximité. Et à Liège et à Amay, autres exemples, les carrières de Reynders et Javaux auraient pris un tour fort différent si le premier avait gagné et le second perdu... Et donc, le désintérêt n'est pas le fait des partis, mais tout bonnement des citoyens. Là, le paradoxe est absolu. L'opinion reproche très souvent au monde politique d'être déconnecté de la réalité, mais il est impossible aux politiciens de survivre dans un monde communal s'ils sont en dehors du "terrain". Et l'habitant lambda de n'importe quelle commune, même les plus grandes, peut encore assez facilement "attraper" son bourgmestre dans la rue, assister aux séances du conseil communal (que les médias ne relayent plus, ou quasi plus) ou créer un comité de quartier pour des motifs parfois futiles, mais qui révèlent un problème réel (parfois mineur par rapport à d'autres enjeux, mais c'est justement pour le politique l'occasion de l'expliquer). A un moment où tous n'ont à la bouche que le mot "proximité", où l'on explique que les progrès de la technologie pourraient presque nous doter, au moins au plan local, d'une démocratie directe, bref à un moment où la participation n'a jamais été autant possible, la plupart semble s'en foutre. On pourra toujours dire que cela arrange la classe politique, dès lors plus tranquille; on pourra rejeter la faute sur les médias, qui ont déserté un ancrage local très difficile à équilibrer économiquement si on veut le mettre en place d'une manière professionnelle; on pourra dire que, de toute façon, on quitte globalement un modèle politique, celui de la démocratie représentative pour un autre, un nouveau, dont personne ne sait encore de quoi il sera fait; on pourra parler des progrès de l'individualisme. On aura, à chaque fois, un peu raison. Et un énorme tort, ne pas voir à quelle impasse mène le refus de s'intéresser à ce qui se passe autour de soi : devoir, un jour, fermer sa gueule en toutes circonstances. Fabrice Jacquemart

 

Retour

Copyright © 2002 @beris.com
Telephone : +32 (0)4 349 07 05