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27 Novembre 2021

:: Nos éditos ::

Nous sommes devant nos responsabilités (18/06/2012)

En France le Front National fait donc ce soir son entrée au parlement dans le cadre d’un scrutin majoritaire. Le nom Le Pen s’inscrit clairement dans la durée puisque c’est la troisième génération qui est élue à Carpentras, ville symbolique s’il en est. Plus encore que l’élection de minimum deux de ses candidats, c’est le score global qui doit nous inquiéter, car il n’est pas très différent du score réalisé lors des présidentiels, signe d’un ancrage de plus en plus important. Mais c’est aussi, comme je le signalais dans mon précédent éditorial, le fait que l’UMP ait dit non à un front républicain et que de nombreux élus de la droite, à l’exemple de Nadine Morano, aient rejoint le discours haineux du FN et aient abandonné les valeurs républicaines.

En Belgique francophone aussi certains élus de Droite durcissent leur discours. Le dernier sujet en date étant le fait que l’armée devrait venir dans les rues pour aider la police dans certaines de ses missions. Au vu de la manière dont les antifascistes ont été traités par la police ce dimanche à Bruxelles, on ne peut que s’inquiéter. Car comme démocrate, l’armée dans les rues me donnent plus un sentiment d’insécurité que de sécurité. L’armée dans les rues me fait penser à la Grèce des colonels. La Grèce, où ce soir le lobbying européen semble avoir payé, mais où les menaces sur la démocratie sont bien réelles et ne viennent pas forcément de la montée du parti fasciste Aube Dorée en Grèce, mais plus des technocrates européens et de tous ceux qui martèlent qu’une seule voie est possible. Le TINA cher à Tatcher est à mon sens la plus grande menace pour la démocratie, une dictature de la pensée qui précède la dictature tout court. L’armée dans les rues me fait également penser au Chili où les nostalgiques du général Pinochet se sont récemment rassemblés à l’occasion de la sortie d’un documentaire à la gloire de l’ancien dictateur installé par les USA.

Une constante dans la bouche de l’UMP, du MR, des technocrates européens, des nostalgiques de Pinochet et de tous leurs semblables : il faut à tout prix faire barrage au Socialisme.

Je l’ai déjà exprimé à plusieurs reprises : la lutte contre les partis et les idées d’extrême droite doit être menée, mais ne doit pas être un cache-sexe pour la Gauche. Si nous devons dénoncer le discours de Droite et d’Extrême droite, nous devons surtout travailler à une gauche offensive, cohérente, en adéquation avec ses valeurs originelles. Nous ne pouvons nous contenter d’un discours « contre », mais devons avoir un discours « pour ». Nous devons également engranger des victoires. Il n’y a rien de pire que de susciter un espoir que l’on n’est pas capable de concrétiser ensuite. Car la déception des personnes que l’on a mobilisées peut alors avoir l’effet inverse à celui qui était recherché. C’est ce que je crains aujourd’hui le plus avec le nouvel échec du Front de Gauche, le deuxième en un mois, qui fait moins bien que le PCF il y a cinq ans et qui passe sous la barre des 15 députés nécessaires à la constitution d’un groupe parlementaire. Résultat concret qui s’ajoute à la défaite lourde symboliquement de Jean-Luc Mélenchon dans son opération de parachutage à Hénin-Beaumont qui risque fort d’être son « pont trop loin » à lui.

Aujourd’hui en France, la Gauche social-démocrate a tous les leviers du pouvoir. Si elle ne veut pas faire le jeu de la Droite et permettre une nouvelle poussée de l’extrême droite, il faudra qu’elle change réellement, radicalement, le quotidien des gens. Il faudra qu’elle change de politique économique et s’attaque au détricotage continu du pacte social issu du programme du Conseil National de la Résistance. Il faudra qu’elle en revienne à ses valeurs originelles de lutte contre les inégalités sociales, politiques et culturelles.

Car aujourd’hui, nous sommes clairement à un tournant. Nous sommes à l’aube, si nous n’agissons pas, d’un changement de régime. Le modèle social né, à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, des combats menés par le mouvement ouvrier est remis en cause de plus en plus ouvertement. Et il semble que les partis sociaux-démocrates ne soient pas en mesure, essentiellement par manque de volonté et de conviction, de lutter contre cette évolution. C’est donc aux travailleurs eux-mêmes, revenant ainsi à la phrase de Marx dans les statuts provisoires de la Première Internationale, de prendre leurs sorts en mains. C’est un des éléments qui est ressorti du débat qui s’est déroulé vendredi salle Piron à partir de la position de la FGTB de Charleroi de ne plus considérer le PS comme son relais politique et d’appeler à un rassemblement des forces à la gauche du PS.

En clair, c’est dans la rue, par les mobilisations sociales, que le rapport de force pourra être inversé. C’est dans la rue, cette rue qui l’a vue naître, que nous pourrons revitaliser la démocratie. Ce sont les syndicats, et en premier lieu la FGTB, qui devront mener le combat contre la régression sociale, mais surtout pour une société plus juste passant par une meilleure répartition des richesses. Nous sommes aujourd’hui face à nos responsabilités, où que nous soyons, de syndicalistes. À la veille des congés d’été, où ceux qui en ont encore les moyens partiront en vacances, soyons conscient que de nouvelles mesures d’austérité budgétaire vont être prises durant les mois de juillet-août. Soyons conscients que le six packs européen devra être voté partout à l’automne. Sachons que les négociations sur l’Accord Interprofessionnelles seront difficiles. Bref, préparons-nous à devoir nous mobiliser pour défendre nos conquêtes sociales dès la rentrée. Et, osons rêver un peu, profitons-en pour réfléchir à un plan de mobilisation qui ne serait pas dicté par l’agenda et les sorties de l’adversaire, mais qui porterait sur notre projet de société et qui donnerait de l’espoir aux gens. Un espoir que la FGTB peut initier et incarner. Mais un espoir qu’elle ne peut décevoir au risque d’empirer la situation avec laquelle j’ai commencé cet édito.

Un dernier mot : la FGTB n’est pas une entité désincarnée. La FGTB, c’est nous tous ensemble. C’est donc aujourd’hui à nous de prendre nos responsabilités face au tournant historique auquel nous sommes confrontés.

Julien Dohet

 

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