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27 Novembre 2021

:: Nos éditos ::

Le poids des mots (02/04/2012)

Avez-vous déjà constaté combien les mots les plus nobles, les termes les plus beaux, peuvent parfois être détournés de leur sens initial ?

Je vous donne un petit exemple vécu cette week-end, et qui est à l’origine de cet édito : je regarde la chaine CNN et je tombe sur une annonce informant le téléspectateur que le programme suivant lui est proposé par « Solidere – for a better world ».
Oufti ! Qu’est-ce donc que cette association qui s’appelle « Solidere », qui œuvre pour un monde meilleur et qui a les moyens de s’offrir des encarts de pub sur une chaîne américaine telle que CNN ?
J’allume donc mon PC et, vive Wikipédia, je trouve immédiatement la correspondance à ma recherche : « SOLIDERE » est une société anonyme immobilière libanaise appartenant à la famille Hariri qui a fait son beurre dans la reconstruction de Beyrouth ! Pour ceux qui ne connaitraient pas cette famille libanaise, qu’ils sachent simplement qu’elle met à disposition gratuite de Jacques Chirac un appartement de 396 m² sur les quais de Seine à Paris depuis 2007 !
Bref, « Solidere » n’est pas une association qui œuvre à l’émancipation des classes laborieuses, mais bien une pompe à fric spéculant sur les décombres de la misère humaine.
Mais, au-delà de cette anecdote somme toute commune, observez un peu le glissement qui s’impose à nous, souvent de manière imperceptible, sur le sens des mots.
Ainsi la solidarité. Si on veut en donner une définition, celle-ci me semble bonne : la solidarité est « un lien d'engagement et de dépendance réciproques entre des personnes ainsi tenues à l'endroit des autres, généralement des membres d’un même groupe liés par une communauté de destin ». C’est ainsi que l’on peut parler de solidarité familiale, de solidarité syndicale… c’est ainsi, aussi, que l’on comprend aisément que notre système de sécurité sociale est bien basée sur le principe de solidarité.
Oui mais ! On entend aujourd’hui certains (de droite) expliquer qu’il n’y aurait pas besoin de système de sécurité sociale car les organisations caritatives privées sont parfaitement aptes à venir en aide aux plus démunis ! Je ne l’invente pas, c’est l’une des déclarations du premier Ministre britannique, David Cameron, pour justifier le démantèlement du peu de sécurité sociale qui existe encore en Grande-Bretagne !
Glissement de « solidarité » vers « charité » ! Or la charité, même si elle est dans certains cas parfaitement respectable, c’est tout le contraire de la solidarité. La charité est une décision individuelle, dictée par impératifs moraux, de consacrer une partie de son temps, ou de ses moyens financiers, ou de son énergie à aider d’autres personnes dans le besoin. Individualisme et moralisme contre socialisation et émancipation ! Deux projets de société diamétralement opposés et pourtant si souvent confondus dans le langage courant !
L’entretien de cette confusion par les milieux de droite n’est pas neutre. La sécurité sociale, archétype même de la solidarité, donne des droits égaux à l’ensemble des citoyens en imposant des devoirs différenciés en fonction des revenus. Payez en fonction de vos moyens, recevez en fonction de vos besoins !
La charité n’entraine aucun devoir, mais également aucun droit. C’est une décision individuelle de « donner », y compris en imposant des devoirs aux « bénéficiaires » : tu auras droit à ma soupe populaire si tu vas prier dans mon église !
Je prends cet exemple « solidarité vs. charité », mais d’autres sont aussi interpellants.
Ainsi, le combat pour la laïcité est, aujourd’hui, quasiment confisqué par ceux qui, à travers lui, tentent simplement d’opposer chrétienté et islam. La laïcité, c’est un combat visant à l’émancipation de TOUTES les religions. Les défenseurs de la laïcité n’ont pas à choisir entre telle ou telle croyance : ils ont à combattre TOUS les dogmes au profit de TOUTE l’Humanité ! Ce n’est pas un combat contre des personnes, mais bien contre des croyances ! Tout le contraire des propos d’un Claude Guéant, ou d’un Alain Destexhe !
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Or la bataille des mots, c’est la bataille de la communication. Le discours de la droite est un discours simple, faisant le plus souvent appel de ce que l’homme (et la femme) a de plus sombre en lui : repli sur soi, égoïsme, individualisme, communautarisme, méfiance envers ce qui est étranger…
A ce discours qui fait appel à l’instinct, la gauche ne peut répondre que par un discours qui fait appel à la raison. Ne suivez pas votre ventre, suivez votre tête !
La démarche est autrement plus compliquée car elle demande réflexion ; elle demande un apprentissage ; elle implique aussi de se défaire de ce que l’on appelle erronément « le bon sens populaire » qui n’est, le plus souvent, qu’un ramassis de lieux communs aux effluves nauséabondes…
Petit exemple de ce « bon sens » entendu dernièrement : « L’austérité que l’on nous impose va nous faire mal, mais c’est parce que nous avons bien trop profité avant » ! Donc, c’est parce que nous sommes parvenus, hier, à obtenir un (tout) petit peu de justice sociale pour tous qu’il serait juste aujourd’hui que les tenants du néo-capitalisme nous écrasent.
En fait, la « petite musique de fond » du discours dominant actuel est d’abord la culpabilisation du plus grand nombre. A l’entendre, il faudrait croire que ce qui est généreux, ce qui rend la vie belle et agréable, ce qui est beau et bon seraient punissables, alors que la douleur, la souffrance, le supplice et la sanction seraient profitables !
Le vieux fond judéo-chrétien de notre civilisation remis au goût du jour ! L’image sado-masochiste du Christ en croix comme oriflamme !
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Je n’aime pas tout ce que dit Mélenchon en France ! Mais, parmi d’autres choses, il apporte en tout cas quelque chose de neuf et de rafraîchissant : un discours de gauche décomplexé !
Lorsqu’il dit « Soyez polis avec nous », lorsqu’il dit « Respectez nous ! », il exprime simplement le contraire de ce que la « petite musique de fond » dont je parlais plus haut tente que nous imposer : la soumission par la culpabilisation.
Car non seulement nous ne sommes coupables de quoi que ce soit, mais bien plus, nous ne voulons pas nous soumettre à ce que les puissants veulent nous imposer.  Jamais, nous ne l’avons voulu ! Que quelqu’un puisse enfin le dire haut et fort, que quelqu’un le clame et soit audible, voilà qui change des dernières décennies !
Reste à voir, demain, si le reste de la gauche européenne comprendra le message : une bonne réponse au discours décomplexé de la droite, c’est un discours de gauche décomplexé, radical !
Et certainement pas une pâle copie socialo-libérale…du centre-centre.
 
Bernard BOLLY

 

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