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27 Novembre 2021

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Ferme les yeux, on voit mieux (23/01/2012)

La volée de bois vert que vient de ramasser, dans les milieux politiques et médiatiques, le ministre wallon (PS) de l’Economie, Jean-Claude Marcourt, est assez typique de la perpétuation d’un comportement qui aura déjà coûté pas mal de plumes aux francophones de ce pays depuis les années soixante du siècle passé : refuser obstinément de voir que le monde, en l’occurrence la Belgique, change.
Qu’a dit Marcourt ? Pas grand-chose pourtant : il faut réfléchir à l’avenir ; et mettre sur la table la question de la Fédération Wallonie-Bruxelles, ex-Communauté française débaptisée voici quelque temps, un peu au coin du bois tout de même, sans guère de débats. Ah oui : Marcourt a en fait utilisé le mot déconstruire ! Ce seul mot a fait (1) que l’interview n’est pas passée inaperçue et que (2) tout le monde (enfin, presque) est tombé sur lui à bras raccourcis. C’est la loi du genre médiatique. Pourtant Marcourt, homme de convictions mais mesuré dans ses propos, a parlé de « déconstruire » et pas de « liquider ». C’était bien le signe d’une volonté de prudence dans les mots, et donc d’un calcul : celui d’essayer de parler de cela en adulte. Sur ce plan-là, c’est provisoirement raté… La Communauté française, ou la Fédération Wallonie-Bruxelles, appelez-la comme vous voulez, a toujours été la vache sacrée de ceux qui, par tous les moyens, cherchaient à freiner l’évolution institutionnelle du pays, contre le cours des événements ou, soyons un peu grandiloquents, de l’Histoire.
Quand la Belgique a commencé à craquer son costume unitaire, il y a grosso modo trois camps qui ont émergé. Les nostalgiques, qui se sont employés à tout faire pour maintenir les choses en état, c’est-à-dire à lâcher le minimum puisque le statu quo était clairement impossible ; les Flamands, dont la réflexion était initialement essentiellement culturelle, et qui revendiquaient la reconnaissance d’un fait flamand dont le marqueur était surtout la langue ; les Wallons, pour lesquels la Belgique nouvelle devait s’articuler surtout autour des réalités économiques et sociales. Et il faut bien admettre que les « nostalgiques », hors une grande bourgeoisie flamande assez rapidement minorisée, étaient surtout des francophones désireux de maintenir en fonctionnement un système qui, les nationaliste flamands avaient raison sur ce point, leur rapportait gros. Ne tournons pas autour du pot, cette catégorie-là était fixée à Bruxelles, tout simplement parce que c’était la capitale du pays, traduction locale au fond du jacobinisme français.
La Communauté française et ses avatars est devenue la référence de ces gens-là. Cette construction institutionnelle assez étonnante par certains égards ne présentait, à ce chapitre, que des avantages. Les Wallons avaient leur autonomie régionale, mais étaient bloqués dans leur capacité à construire une identité culturelle, puisque tous les leviers de celle-ci passaient par la Communauté. Les Flamands, qui n’avaient pas ce problème d’identité puisqu’elle était déjà construite, recevaient toute une série de droits sur Bruxelles, en échange d’un important flux économique qu’ils ont maintenu de manière somme toute inexplicable au vu de la considération dans laquelle ils tiennent aujourd’hui la ville et les Flamands qui persistent à y habiter (pour vous en persuader, répondez à cette question : il y a-t-il un homme politique qui compte en Flandre et qui vive à Bruxelles ?). Pour le reste, tout continuait comme avant. L’émergence, a posteriori, d’une Région bruxelloise ne fut, dans ce contexte, qu’une concession forcée, dont il serait malhonnête de dire que c’est à cause des Flamands seulement qu’il s’agit d’une Région de seconde zone, aux structures politiques impraticables. Nous voilà aujourd’hui. Le pays vient de sortir (sur le papier en tout cas) d’un long blocage institutionnel. Tout le monde sait bien que cette sortie n’est qu’une étape et que, tôt ou tard, d’autres problèmes se poseront. La principale raison en est d’ailleurs que rien n’est vraiment réglé : les Flamands n’ont incontestablement toujours pas ce qu’ils veulent ; les Wallons n’ont toujours pas la capacité de construire leur Région complètement ; un courant Bruxellois a fini par émerger qui se dit qu’après tout, dans une ville bouleversée sociologiquement et économiquement ces trente dernières années, il y a peut-être une formidable carte à jouer (mais cela implique que les Bruxellois puissent décider eux-mêmes) ; et les nostalgiques, pas encore morts, entendent bien rester… nostalgiques.
Alors, quand tout le monde sait que les dossiers reviendront sur la table, est-ce un crime que de vouloir les préparer ? Est-ce idiot de faire en sorte d’être prêt ce jour-là (quand on mesure ce qu’a coûté, jusqu’ici, l’état d’impréparation des francophones, qu’ils volent en escadrille communautaire ou chacun indépendamment l’un de l’autre) ? Est-ce crétin de dire : définissons les besoins de chacun et créons des passerelles, plutôt que de dire « voilà ce qui doit vous rapprocher, débrouillez-vous pour vous adapter » ?
Ah oui, c’est vrai, ce n’est pas le moment. La crise, tout ça… La classe politique belge, en effet, elle le montre tous les jours, ne se préoccupe que d’emploi et de redressement de l’économie, ne s’attache qu’à développer un environnement qui permettra à chaque citoyen de s’épanouir ! Curieux aveu de ministres ou de présidents de parti qui, subitement, se disent incapables de s’occuper de plusieurs choses à la fois… Bizarre façon de penser que de dire que ce n’est pas le moment de s’occuper d’un dossier qui, depuis cinquante ans, conditionne les autres. Remarquable hypocrisie que de faire croire que ce genre de problèmes s’invite à la table politique à l’insu du plein gré de ceux qui y siègent. En fait, à la question : « que faire pour que les choses aillent mieux, alors que tout va de plus en plus mal ? », une majorité de responsables répond aujourd’hui : « continuons comme avant ». Et flinguons, ou essayons de flinguer, ceux qui cherchent d’autres voies. Pauvre B…

Fabrice Jacquemart

 

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