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27 Novembre 2021

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Lakshmi Mittal: le nomade du vide (24/10/2011)

Qui est donc réellement Lakshmi Mittal, l’homme qui a mis la main sur la sidérurgie liégeoise pour mieux la jeter dans le bûcher ? Voilà une question intéressante, qui permet sans doute de nourrir quelques regrets « pré-mortem » (ou presque) au regard des signes avant-coureurs que, par espoir et par optimisme, nous n’avons sans doute pas pu voir.

Né le 15 juin 1950 à Sadulpur, un village proche de Calcutta dans le désert du Rajasthan, en Inde, Lakshmi Mittal est un fils d’industriel : son père, Mohanlal Mittal, possède en effet une petite aciérie qui lui permet de vivre décemment même si, quelques décennies plus tard et emporté dans son élan face à la success story de l’un des siens, la presse indienne affirmera que le jeune Lakshmi est né dans une demeure sans eau et sans électricité.
Il n’en demeure pas moins que l’homme est travailleur : il bosse ainsi, durant son adolescence, jusqu’à 19h par jour selon certains, dans l’usine de son paternel. En 1970, il décroche son diplôme d’études commerciales de l’Université de Calcutta.
Vient 1976. A l’étroit en Inde, où le gouvernement limite les investissements privés dans l’acier, Mohanlal Mittal crée une succursale en Indonésie et y place son fils de 26 ans à la manœuvre : c’est le début de l’ère Mittal. Car Lakshmi est visionnaire : il s’associe avec deux groupes européens, Voest Alpine et Hamburger Stahlwerke, pour utiliser la technologie DRI (« direct reduced iron ») qui permet d’améliorer la productivité par soufflage d’oxygène à l’intérieur du four. Plus tard, il en rachètera les brevets, et même l’un de ses créateurs.
Minutieusement, il se met à racheter les aciéries qui peinent en Indonésie. Puis s’exporte, en mettant la main sur un grand complexe sur l’île de Trinidad : ce sont ses deux partenaires qui l’ont conseillé lorsqu’en 1989, la concession arrivait à échéance. Nouveau coup de génie : il propose un simple contrat de gestion prolongé d’un rachat lorsque les bénéfices le permettront (à l’époque, l’usine perd 100.000 dollars par jour). Après un an, la reprise est entérinée. Comment a-t-il redressé la barre si vite ? « C’est très simple, j’ai remplacé les managers européens par des Indiens », dira-t-il plus tard. Une manière d’économiser 1 million de dollars sur la masse salariale. Il ne parle évidemment pas de l’embauche massive de personnel noir non qualifié et de coupes claires dans les effectifs.
1991, changement de continent. Le Mexique privatise deux usines qui, bien qu’ultramodernes, n’ont jamais gagné un peso. Le gouvernement, qui a eu vent de l’épisode « Trinidad », pousse lui-même Lakshmi Mittal à participer à l’appel d’offres. 26 personnes vont négocier, mais aucun financier : le patron n’a cure des « consultants et leur tour d’ivoire d’analyses et de chiffres ». Deux ans plus tard, et moyennant quelques cures de dégraissage, les usines rapportent.
A partir de là, les acquisitions s’enchaînent de par le monde : Canada, Europe (avec le rachat de son partenaire allemand Hamburger Stahlwerke), Kazakhstan, Afrique du Sud, Etats-Unis, … Le modus operandi ne change pas : mettre la main sur des entreprises en difficulté, les restructurer, les remettre en état de fonctionnement, écouler les stocks grâce à l’empire en progression : la Bourse en raffole.
Ce fut par exemple le cas pour l’usine de Cork, en Irlande. Quelques temps après l’avoir rachetée, Lakshmi Mittal décide de fermer l’usine et jette à la rue 400 personnes sans aucune négociation. Sans oublier qu’il ne prendra jamais les mesures environnementales pour réhabiliter le site.
Ce fut également le cas à Gandrange (France) : racheté pour un franc symbolique en 1999, le site perdra son aciérie en 2009, laissant sur le carreau 263 emplois directs.
En 2002, il put mettre la main sur une usine en Roumanie, privatisée par l’Etat, mais pas à n’importe quel prix : il fit d’importantes donations au Parti Travailliste de Grande-Bretagne en échange de l’intervention de Tony Blair dans le dossier.
A chaque fois donc, les mêmes méthodes : celui qu’on prenait pour un industriel pur et dur cache en fait un redoutable financier qui écarte tout sur son passage : ce qui n’est pas à moi le devient, ou disparaît. Sans doute a-t-il besoin de cash pour mener le train de vie qui est le sien : sa propriété anglaise lui a coûté la bagatelle de 128 millions de dollars (12 chambres et 20 places dans le garage, ça coûte), le mariage de sa fille Vanisha, 55 millions de dollars (ce qui en fait le mariage le plus cher de l’histoire avec, en prime, un concert de Kylie Minogue au Château de Versailles et du Mouton Rothschild à volonté), et selon certains calculs, il ferait au moins dix fois le tour de la terre par an dans son jet privé pour contrôler son empire.
Du désert du Rajasthan au désert liégeois : le nomade du vide sait nettoyer comme il faut pour se remplir les poches.
Antoine Gruselin
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Sources : Wikipedia.fr, Trader-France.fr, Epokhe.com

 

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