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27 Novembre 2021

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Aide alimentaire et Europe libérale : "Cache toi, pauvre (con) !" (28/09/2011)

Mardi 20 septembre, les Etats membres de l’Union européenne ont échoué à trouver un consensus pour prolonger, au moins de manière transitoire, l’aide alimentaire émanant de la Politique agricole commune (PAC). Un système d’aide aux plus démunis remis en cause par six pays (Allemagne, Royaume-Uni, Pays-Bas, République tchèque, Danemark et Suède) et annulé par la Justice suite à une plainte déposée en 2008 par l’Allemagne, soutenue par la Suède. Cette décision, et l’échec d’un accord font planer une menace nutritionnelle sur 13 millions d’Européens, dont 224.000 Belges. Voilà, dans toute sa splendeur, l’image la plus détestable que peut nous offrir l’Europe : égoïste et élitiste. Explications.

Au milieu des années ’80, Coluche lance ses « Restos du cœur ». Il sensibilise Jacques Delors, alors Président de la Commission européenne, au drame de la pauvreté en France. Les choses ne traînent pas : le Programme d’aide européenne aux plus démunis (PEAD) « récupère » les stocks excédentaires de l’agriculture européenne pour les distribuer via les organismes de terrain (banques alimentaires, CPAS, …). Double intérêt : l’Union sert d’amortisseur à la volatilité des prix des denrées tout en apportant une aide substantielle à « ses » pauvres.

Mais la réalité politique et économique va radicalement changer la donne quelques années plus tard. Avec la chute du Mur de Berlin, et le triomphe unilatéral du capitalisme, les stocks excessifs vont se faire plus rares. Simplement parce qu’ils sont la cible de spéculateurs peu scrupuleux. Jusque-là, l’Union pouvait acheter directement des produits « qui ne seraient que temporairement indisponibles dans les stocks d’intervention ». Comprenez : s’il n’y a pas de stocks excessifs de sucre, mais qu’il en faut pour les plus démunis, on l’achète au prix du marché. Ce type de produits représentait 18,06% de l’enveloppe globale en 2006, pour… 86,98% en 2009. A force de spéculer, ou plutôt de laisser spéculer sans rien faire, l’Union a perdu ses stocks excédentaires, et l’Allemagne a ouvert la boîte de Pandore : remettre en cause le programme pour des motifs franchement égoïstes.

Qu’invoque-t-on outre-Rhin ? Que le programme issu de la PAC n’aurait plus rien d’agricole, mais déborderait aujourd’hui sur la politique sociale qui, de facto, appartient aux Etats membres et non à l’Union. En poursuivant ce mécanisme, l’UE rognerait donc sur les prérogatives des gouvernements nationaux. Le problème n’est donc pas financier (l’argent est bien disponible), mais purement politique. Il « suffirait » de faire glisser cette aide dans un programme social spécifique pour répondre au Tribunal qui, en 2008, a annulé le PEAD. Six pays n’en veulent pas. Et pour cause : leur risque de pauvreté se situé en deçà de la moyenne européenne qui est de 23,1%.

Une certitude : la PAC sera réformée en 2014. D’ici là, il faut trouver un plan d’aide transitoire, au risque de faire passer l’enveloppe globale de 480 à 113,5 millions d’euros en 2013. La Pologne, qui préside actuellement l’Union est fait partie des grands bénéficiaires du PEAD (son taux de risque de pauvreté atteint presque les 28%), a déposé un texte de transition. Jusqu’à présent, il ne fait donc pas consensus. Mais il suffirait qu’un seul Etat membre récalcitrant bascule pour que la proposition soit avalisée. La République tchèque semblait « le maillon faible »… Lisez bien : celui qui aurait pu choisir la solidarité plutôt que le repli sur soi. Il n’en est finalement rien.

L’ultime réunion d’octobre pourrait s’avérer déterminante. Le sursaut solidaire pourrait cette fois venir du Danemark qui vient de basculer à gauche. Sinon, c’est tout le projet européen qui serait mis à terre. Cette crise de l’aide alimentaire confirme en tout cas une chose : en déliant les cordons de la bourse pour venir en aide à la Grèce, l’Union européenne a voulu sauver un marché, ses banques et ses investissements, et non une population.

 «La société de consommation a privilégié l'avoir au détriment de l'être», disait Jacques Delors. C’est le propre de l’Europe libérale, pas celui de l’Europe sociale qui semble malheureusement s’éloigner jour après jour.

Antoine Gruselin
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